Fondée en 1953 par Ottavio et Rosita Missoni, la maison est née d’un dialogue singulier entre sport et artisanat. Ancien athlète olympique, Ottavio expérimentait déjà la maille technique lorsqu’il rencontre Rosita, héritière d’une famille de fabricants textiles. Ensemble, ils ouvrent un atelier où les fils de laine deviennent langage. Très vite, leurs créations trouvent leur place dans les vitrines du grand magasin milanais La Rinascente. Les silhouettes s’animent alors de motifs vibrants, de rayures, de zigzags et de géométries chromatiques qui deviendront la signature de la maison.


L’histoire retient aussi un moment de rupture devenu mythique. En 1967, lors d’un défilé à Florence, les mannequins apparaissent sous des robes et blouses en maille si transparentes qu’elles laissent deviner leurs silhouettes sans soutien-gorge. Le scandale est immédiat, mais la notoriété de Missoni l’est tout autant. À partir de ce moment, la maison s’impose comme l’un des visages les plus audacieux de la mode italienne, accompagnant l’essor international du style transalpin. Dans les années 1970, ses créations traversent l’Atlantique et séduisent New York, notamment au sein du légendaire grand magasin Bloomingdale’s.


Au fil des décennies, la maison élargit son territoire créatif. Le prêt-à-porter se déploie aux côtés des accessoires, puis viennent les parfums et l’univers de la maison avec Missoni Home, où les motifs iconiques se transposent sur tissus, objets et espaces de vie. Sous l’impulsion de la deuxième génération, la marque explore également le lifestyle au sens large, allant jusqu’à imaginer des hôtels et des projets immobiliers où l’esthétique Missoni devient une atmosphère.

L’arrivée de FSI au capital en 2018 avait déjà amorcé cette transformation. En huit ans, la maison a doublé son chiffre d’affaires pour atteindre environ 130 millions d’euros, tout en renforçant sa rentabilité. Aujourd’hui dirigée par le CEO Livio Proli, avec Barnaba Ravanne à la présidence, la gouvernance reste stable, signe d’une transition pensée dans la continuité.

Si la famille Missoni quitte désormais le capital de l’entreprise, elle ne s’éloigne pas pour autant de son héritage. Celui-ci se perpétue à travers la Fondation Ottavio et Rosita Missoni, dédiée à la préservation de la mémoire créative et culturelle de la maison. Un geste symbolique, presque poétique : tandis que l’entreprise poursuit sa trajectoire vers l’avenir, l’esprit de ses fondateurs continue de veiller sur l’archive vivante de leur univers.

Dans un paysage de la mode où les maisons familiales deviennent rares, Missoni choisit ainsi une voie subtile : conjuguer l’énergie du capital stratégique avec la fidélité à un patrimoine profondément italien. Entre les lignes colorées de ses tricots mythiques et les nouvelles ambitions qui se dessinent, la marque semble rappeler une chose essentielle : certaines histoires ne se terminent jamais vraiment, elles changent simplement de rythme.



